Wonder Woman est-elle féministe ?

Je ne pensais pas me déplacer au cinéma pour voir Wonder Woman de Patty Jenkins et puis ma partner in crime m’a convaincue d’aller vérifier la portée féministe du film. J’ai lu à gauche qu’il était hyper féministe et à droite que non, quelle horreur, pas du tout. Bon bah, quand faut y aller…

Je n’avais pas vraiment prévu de le voir parce que c’est un univers qui m’est inconnu. Je n’ai jamais lu de comics, je ne connais Marvel et DC que très vaguement et ça ne m’intéresse pas beaucoup. Paradoxalement, j’adore Batman et les X-Men (quoique pas trop fort, je me contente de voir les films). Les comics sont un tel empire que j’ai un peu la flemme de m’y plonger davantage. C’est pour cette raison que ce billet de blog ne sera centré qu’autour de mon visionnage de Wonder Woman de Patty Jenkins et de ce qui m’est apparu. Peut-être que certaines choses vous sembleront des énormités à cause de ma méconnaissance de l’univers DC, ce sera fortuit de ma part.

Je me suis intéressée à la création du personnage en tant que tel. Wonder Woman, alias Diana Prince dans le civil ou Princesse Diana de Themyscira dans son monde, est une Amazone, fille de la reine Hippolyte et de Zeus, façonnée dans l’argile à qui on a donné vie. Themyscira est l’île où sont réfugiée les Amazones, elles s’y entraînent pour devenir des guerrières. Le personnage a été créé au tout début des années 1940 par William Moulton Marston (1893-1947), alors psychologue et inventeur. Apparemment, il en avait marre de ne voir que des hommes parmi les super-héros, il a donc inventé Wonder Woman pour assouvir son besoin de féminisme. Un des premiers profems de l’histoire ? Peut-on le blâmer ? Bof… Mais les causes de sa création en 1940 n’auraient jamais été les mêmes aujourd’hui. Pourquoi ? Je cite le communiqué de presse de l’époque :

Wonder Woman a été conçue par le docteur Marston dans le but de promouvoir au sein de la jeunesse un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre l’idée que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réusite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes.

Ça semble presque trop parfait pour être honnête. Rappelons que parallèlement, en France, les femmes n’ont toujours pas le droit de vote. Alors ça part sans doute d’une bonne intention mais n’oublions jamais que les sociétés changent, évoluent, ce qui n’est pas le cas des écrits. Eux, ils restent gravés dans le marbre parce qu’ils ont été inspirés par leur époque. La création de William Moulton Marston est, en 2017, la même qu’en 1940. Cool sur le fond, très gênant sur la forme. D’autant que :

Armée de ses bracelets à l’épreuve des balles, de son lasso magique, et forte de son entraînement d’Amazone, Wonder Woman est l’archétype de la femme parfaite dans l’esprit de Marston. Elle est belle, intelligente, forte, mais a néanmoins un côté doux.

En fait, je trouve ça très désagréable. Encore aujourd’hui, si une femme est forte, il faut absolument qu’elle soit belle (bien que ce terme soit le plus relatif du monde) et surtout qu’elle soit douce parce qu’on doit tout de même la rappeler à sa condition de femme habitant le Patriarcastan. Le film de Patty Jenkins conserve malheureusement tous ces clichés. Une scène m’a révoltée, elle ne dure pourtant que trois secondes tout au plus. Lorsque Diana débarque dans le monde civil avec Steve Trevor, elle s’extasie dans le bébé d’une passante, comme si les femmes avaient systématiquement un radar à nourrisson. Non, ce n’est pas supportable. D’autant qu’ici, c’est gratuit, ça n’a pas lieu d’être.
Autre point exaspérant, la romance. Peut-être existe-t-elle dans les comics mais on fait parfois tant d’efforts pour ignorer des détails importants pour une adaptation cinématographique, pourquoi pas ce détail-là, du coup ? Ça nous ferait du bien et, en plus, ça donnerait une chance à l’œuvre de passer le test de Bechdel.

Mais comme je ne suis pas une vilaine féministe misandre qui gueule pour tout et n’importe quoi (je rigole, ça n’existe pas), il y a malgré tout des bons côtés à la Wonder Woman de Patty Jenkins. Premièrement, l’intro du film est magnifique. C’est la genèse de Diana et de son peuple, les Amazones. Les voir s’entraîner et se battre m’a donné des frissons. Robin Wright dans le rôle de la générale Antiope est extraordinaire. J’ai carrément eu les larmes aux yeux (je suis sensible) à cause du soulagement de voir des femmes auxquelles on peut s’identifier. Alors c’est donc ça ? J’ai pensé aux gamines qui se font un bon petit cosplay des familles. On en a tellement besoin.

Aussi, Diana est super naïve mais elle tient ça de son éducation et de sa réclusion. J’ai essayé de garder ça en mémoire quand elle est confrontée au monde moderne mais son côté « doux » voulu par Marston m’a mise en colère. Elle aurait quand même pu s’énerver un minimum à maintes reprises face aux clichés sexistes même si quelques punchlines bien senties nous laissent entendre que les hommes ne servent pas à grand chose. Et paf.

Bilan des courses, je suis très mitigée. J’aime la représentation globale de la femme forte qui mène, j’ai toujours aimé la légende autour des Amazones et les valeurs qu’elles prônent. Ce sont des femmes solides qui se battent en étant réfléchies, la force est l’alliée de l’intellect. Mais la représentation des femmes ne doit pas être toujours axée autour de cet angle, bien que la force ait différents aspects. Ne dit-on pas que le monde irait beaucoup mieux avec davantage de femmes au pouvoir ?

Bref, Wonder Woman se vautre dans les clichés et est d’une incroyable paresse. Le mythe de cette femme surpuissante aurait mérité d’être dépoussiéré, il n’aurait suffit que de quelques astuces scénaristiques. Ça aurait pu ne pas être que divertissant.

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