Mylène Farmer et la cassette noire et dorée

Que répondez-vous quand on vous demande pourquoi vous aimez tel·le artiste (on parle de musique ici) ? Avez-vous vraiment envie qu’on vous pose la question ? Pas moi, j’ai la flemme. On sait déjà que c’est subjectif et peut-être qu’une connexion neuronale s’établit quand j’écoute David Bowie, je n’en sais rien et je m’en fous un peu. Pourquoi aurions-nous besoin d’arguments ? Les goûts musicaux ne sont pas une source de débat. J’écris ça aujourd’hui parce que je suis arrivée à un stade où j’écoute ce que je veux sans me préoccuper des rageux·ses (je suis trentenaire, quoi), mais quand j’étais môme, pourquoi avais-je ces préférences-là et pas d’autres ? Je n’ai aucune réponse sociologique à apporter et mes sources proviennent de mes souvenirs et de mes émotions, ça promet…

De l’importance d’être bien équipé·e

D’aussi loin que je me souvienne, il y a toujours eu un peu de musique à la maison. Ma mère en écoutait, elle achetait des CD (le club Dial, vous-mêmes vous savez) et les passait sur son lecteur encastré dans la grosse tour du salon (je vous parle d’un temps…). Quelques noms qui tournaient le plus souvent, des trucs éclectiques : Queen, Kim Wilde, Roch Voisine, William Sheller, Carmel, Bananarama, Fine Young Cannibals, Tina Turner, j’en passe et des meilleur·e·s. J’avais le droit d’utiliser le matériel de ma mère mais je possédais mon propre équipement. J’ai commencé avec un magnétophone type Fisher Price doté d’un micro avec lequel j’enregistrais le son des clips à la télé. À 10 ans, j’ai eu un vrai poste qui faisait radio, lecteur CD et double cassette et qui m’a accompagnée un bon bout de temps (il est branché au bout de mon bureau au moment où j’écris ces lignes). Puis à 14 ans, je me suis offert ma première chaîne hi-fi à triple lecteur CD et toujours double cassette qui a fini de me combler. Non seulement je pouvais piquer les CD de ma mère pour les écouter dans ma chambre mais, en plus, je pouvais avoir mes propres disques ainsi qu’une collection infinie de cassettes utilisées jusqu’au début des années 2000. Parmi elles, il y en avait une plus précieuse que les autres, c’était la toute première. Une BASF LH maxima XI 2×45 minutes, la cassette made in Germany avec « oxyde de fer exclusif pour un large rendu musical plein de nuances » (et 4 jantes alu). Sur cette cassette était enregistré ce qui marquera mon enfance à tout jamais, l’album L’Autre de Mylène Farmer, sorti en 1991 (+ Romantic World de Dana Dawson pour remplir le temps restant (j’aime cette chanson plus que ma propre vie)).

Nous étions dans la première moitié des années 1990. J’avais entre 5 et 9 ans quand mon oncle, dans sa toute petite vingtaine d’années, a piraté cette cassette pour moi. Le début d’une longue série… (oh ça va, faites pas genre). Je l’ai écoutée en boucle pendant longtemps, jusqu’à ce que je l’oublie. Oui, cette petite cassette noire et dorée a désormais passé plus de temps dans un fond de placard de chambre d’ado puis dans un fond de carton au fond de mon garage d’adulte que dans un lecteur. Toutefois, j’ai toujours préféré acheter de nouvelles cassettes vierges plutôt que d’enregistrer par-dessus Mylène Farmer. Quel sacrilège cela aurait été… Si j’ai arrêté de l’écouter en grandissant, je savais où elle se trouvait. C’est aujourd’hui que je me rends compte à quel point elle est un objet précieux. Outre l’album fabuleux qu’elle renferme (et Dana Dawson !), elle est surtout le symbole d’une histoire personnelle complexe. Alors cette cassette, aussi abîmée soit-elle, jamais je ne m’en séparerai.

Mylène Farmer ad vitam eternam

Quant à Mylène Farmer, elle est une sorte d’héroïne d’enfance. J’ai été marquée par les clips de Libertine et Pourvu qu’elles soient douces (entre autres). Je n’aurais sans doute jamais dû les voir (je suis née en 1986 et je les ai regardés quasiment en temps réel, pour bien situer) mais c’est un genre de « traumatisme » que je chéris. L’Autre est le troisième album studio de Mylène Farmer. On y retrouve le super tube Désenchantée, dont je ne me lasserai jamais, Beyond My Control, qui sample la voix de John Malkovich dans Les Liaisons Dangereuses, ou encore le fabuleux duo avec Jean-Louis Murat sur Regrets (à regarder ci-après). Je connais L’Autre par cœur. J’ai aimé et suivi de près Mylène Farmer jusqu’à Anamorphosée, sorti en 1995. J’étais dingo quand je l’ai entendue chanter grave sur L’Instant X et Comme j’ai mal était ma chanson préférée (c’est peut-être à cause du clip de cette dernière que je déteste les insectes). Je me souviens très bien braquer le micro de mon magnéto Fisher Price sur le haut parleur de la télévision alors que Mylène Farmer performait dans une quelconque émission sur ce titre. Il était impératif que tout le monde se taise pendant l’opération parce que je ne possédais pas Anamorphosée et je voulais écouter Comme j’ai mal autant que possible. Ça, c’était avant d’apprendre à enregistrer des morceaux qui passaient à la radio sur ma chiée de cassettes à venir.

Après cette période, j’ai lâché l’affaire avec Mylène Farmer de manière naturelle. Je ne suis pas au courant de son actualité musicale, je ne regarde pas ses concerts et, si j’ai jeté une oreille il y a quelques jours sur des albums récents, j’ai définitivement passé le cap. Ou peut-être pas en fait, puisque la nostalgique que je suis réécoute volontiers ce qui a été produit avant mon dixième anniversaire. Peut-être que la nostalgie est la seule raison pour laquelle j’aime Mylène Farmer. Je ne sais pas. Et je ne vais pas y réfléchir davantage, c’est bien comme ça.

2 Comments

  1. Céline Moreau

    J’ai encore toutes mes cassettes, bien rangées dans leur étui. Je les traine depuis des années, de déménagements, je ne suis pas encore prête pour les examiner, plus le temps passe et plus je sens que ça va être violent.

    • Luski

      Avec toute cette histoire, j’ai remonté une boîte à chaussures pleine de mes cassettes, maintenant que j’ai branché mon poste dans mon bureau, je vais toutes les passer une par une !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top