Les vampires fondateurs pour Halloween : Dracula, Lord Ruthven et Carmilla
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Les vampires fondateurs pour Halloween

Il est en train d’arriver quelque chose de critique ! Je constate que ça évoque déjà Noël un peu partout alors qu’on vient à peine de rallumer le chauffage, c’est scandaleux. Il semble que cette fête gagne du terrain sur le calendrier d’année en année et je ne crois pas qu’il s’agisse seulement d’une impression en 2019. Pourquoi devrait-on déjà penser aux calendriers de l’Avent et regarder ces niaiseries de téléfilms de Noël alors que Halloween n’est même pas encore arrivé ? J’en ai déjà marre et on n’est même pas encore en novembre.

Noël est l’antithèse de Halloween ; Noël est Amanda Buckman et Halloween est Wednesday Addams. Je préfère le noir aux robes à fleurs. Par principe. J’aime l’ambiance autour du 31 octobre : le brouillard, les feuilles qui tombent, les citrouilles que vous creusez toutes et tous avec talent, et puis l’esthétique gothique à son paroxysme, pour ma plus grande joie !

Pour marquer le coup, j’ai décidé de vous parler de quelques un.e.s de mes vampires préféré.e.s de la littérature. Vous le savez peut-être, j’ai une sensibilité toute particulière pour la littérature gothique au sens classique du terme. Rien ne me fait plus plaisir qu’une histoire baroque au cœur de l’étrange dans un vieux manoir au fin fond de l’Europe centrale (ou de l’est) ! J’ai rencontré la passion à l’âge de 13 ans et elle ne m’a plus jamais lâchée. Voici donc quelques histoires dont vous pouvez vous délecter…

Dracula, de Bram Stoker

Je commence évidemment par le plus grand classique mais je serai brève, il ne faut pas exagérer. S’il est considéré comme un chef de file, Bram Stoker n’a pas été le premier à écrire sur les vampires, loin s’en faut. Dracula a été publié en 1897 et c’est un roman épistolaire. C’est-à-dire qu’il est constitué d’extraits de journaux intimes et de lettres écrit.e.s par les protagonistes de l’histoire, mais jamais par Dracula lui-même. Le vampire est omniprésent sans jamais apparaître ailleurs que dans des faits rapportés. Il est effrayant et franchement immonde, rien à voir avec la créature romantique et romanesque que la pop culture se tue à nous présenter depuis des décennies. Enfin, Gary Oldman avait du style, on ne va pas le renier.

J’ai très envie de vous conseiller l’anthologie de l’auteur aux éditions Omnibus qui comprend aussi Le Joyau des sept étoiles, La Dame au linceul, Le Repaire du ver blanc et 27 nouvelles. C’est une brique de 1300 pages absolument magnifique !

Le Vampire, de John Polidori

Je vous avais déjà parlé de John Polidori dans mon article sur le biopic de Mary Shelley. Sa nouvelle est un des textes fondateurs de la littérature gothique, publiée en 1819 dans The New Monthly Magazine. Elle a d’ailleurs été rédigée en même temps que les prémices de Frankenstein ou le Prométhée moderne. Polidori et Shelley étaient ensemble chez Lord Byron, en Suisse, quand le groupe a eu l’idée d’écrire des histoires sympathiques tandis qu’il pleuvait dehors sans discontinuer.

Bien qu’il ait fait des études de médecine – il a écrit une thèse sur le somnambulisme, un bon thème gothique là encore –, John Polidori était aussi poète et, pour son vampire, s’est inspiré de son vieil ami Lord Byron, un homme qui prenait beaucoup de place et laissait peu de chances aux introverti.e.s. Cette nouvelle raconte l’histoire du jeune naïf Aubrey qui rencontre le très mystérieux Lord Ruthven. Ils voyagent ensemble en Grèce, où Aubrey trouve l’amour auprès de la belle Ianthe. Hélas, celle-ci meurt et Aubrey est horrifié en découvrant l’identité de son meurtrier qui semble défier toutes les lois de la nature. Je ne peux évidemment pas vous en dire plus, ce serait criminel.

Carmilla, de Joseph Sheridan Le Fanu

Carmilla est un roman très court (environ 120 pages) publié en 1872 par l’écrivain irlandais Joseph Sheridan Le Fanu. L’histoire est narrée par Laura, une jeune fille solitaire qui vit avec son père dans un grand château isolé en Styrie. Ce dernier accueille sous leur toit Carmilla, une jeune femme énigmatique qui a surgi d’un attelage accidenté. Laura est heureuse, elle va enfin avoir de la compagnie ! Mais depuis l’arrivée de Carmilla, un mal étrange envahit la région. C’est très, très mystérieux !

Le vampirisme est cette fois incarné par une femme et Carmilla raconte un amour interdit, c’est-à-dire une histoire lesbienne. C’est plutôt osé dans le contexte de l’époque ! Mais c’est aussi original et ça permet de changer un peu d’un certain type de protagoniste. Toutefois ce roman n’est pas sans défaut et on peut remercier les notes de bas de page qui permettent de mieux saisir quelques passages. Par moments, c’est comme si l’auteur avait oublié de parler d’un fait dont on retrouve des références plus tard et qu’on ne comprend pas. Le traducteur, Jacques Papy, écrit ainsi : « On peut attribuer ces défaillances successives [ il y en a trois en tout ] à l’état mental de Le Fanu qui, à l’époque où il écrivit Carmilla – peu après la mort de sa femme – était perpétuellement hanté par d’horribles cauchemars susceptibles d’altérer ses facultés raisonnantes. » Cela dit je vous rassure, ça ne gêne pas la lecture pour autant.

Le rôle des femmes

J’adore les histoires de vampires, surtout les plus vieilles d’entre elles, mais j’ai toujours mon esprit critique. Au XIXe siècle (entre autres) le contexte historique et sociétal est tel qu’il est extrêmement difficile de trouver une femme dans une telle histoire qui ne soit pas naïve ou diabolique. C’est l’éternelle dichotomie de la mère (ou de la femme vierge et pure) et de la putain, et nous ne sommes toujours pas épargné.e.s en 2019. C’est évidemment sexiste. Mina (Dracula) et Laura (Carmilla) sont de bonnes chrétiennes forcément candides et elles sont perverties par Lucy (Dracula, et d’autant plus dans l’adaptation de Francis Ford Coppola en 1992) et Carmilla (Carmilla) qui sont dépeintes comme les pires goules.

Je ne vais pas épiloguer parce que ça mériterait un véritable travail de recherche (si quelqu’un a écrit un mémoire ou un livre sur le sujet, je veux bien le lire), néanmoins il est important de garder cette problématique en tête pendant ses lectures.

Bonus !

Si lire n’est pas votre dada, je vous renvoie vers mon article sur The Hunger, un très bon film de vampires de Tony Scott qui se trouve sur Netflix. Mais j’en profite surtout pour vous inviter fortement à écouter le podcast de L’affaire du vampire de Highgate, un épisode de l’émission Affaires Sensibles présentée par Fabrice Drouelle sur France Inter et diffusé le 22 octobre. A la fin des années 1960, des phénomènes inquiétants se sont déroulés dans le cimetière de Highgate, au nord de Londres.

Excellemment raconté, c’est encore meilleur si on a déjà visité les lieux. C’est un cimetière divisé en deux parties (ouest et est) et si l’une des deux est accessible librement, l’autre (la plus ancienne) ne l’est que par une visite guidée. Je me suis justement promenée dans les deux parties en mars dernier alors voici quelques unes de mes photos, que vous pourriez, par exemple, très bien garder sous les yeux pour écouter ce fameux podcast. Je vous encourage vraiment à réserver une visite guidée si vous vous rendez sur place, elle est passionnante !

Cimetière de Highgate à Londres
Cimetière de Highgate à Londres
Cimetière de Highgate à Londres
Cimetière de Highgate à Londres
Cimetière de Highgate à Londres

Photo d’entête : extrait de Dracula, de Tod Browning (1931)

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