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Les hauts de Hurle-Vent, d’Emily Brontë

Je n’aurais sans doute pas assez d’une vie pour lire, voir et collecter toutes les œuvres de style gothique qui existent et je trouve ça plutôt cool. Lire Les hauts de Hurle-Vent pour la première fois à 34 ans m’a emballée comme jamais, c’était passionnant, et ça me rassure de savoir qu’il y a toujours des choses à découvrir. Les classiques ne m’intéressent vraiment que s’ils font partie de la catégorie sus-nommée, c’est définitivement mon kink. Je crois que ça commence à se savoir.

Des hauts de Hurle-Vent je ne connaissais que la chanson de Kate Bush, Wuthering Heights. Un titre sorti en 1978 sur son premier album The Kick Inside (fabuleux) qu’elle a écrit quelques temps auparavant, à 16 ans. Maintenant que j’ai lu Emily Brontë, je comprends mieux l’esthétique des deux clips (voici la seconde version) et cette histoire de fenêtre et de mauvais rêves. Les paroles de la chanson n’auront pas suffi à me raconter l’histoire et ma lecture du roman m’a mise par terre. C’est un bouquin incroyable.

J’ai acheté l’édition Pavillons Poche – Robert Laffont, celle préfacée par Lydie Salvayre et sortie en 2018. Un beau livre super agréable à lire, souple avec une police impeccable (c’est important). J’ai eu bien du mal à le lâcher et je suis en mesure de dire qu’il fait partie de mes romans préférés.

Emily Brontë

Fille de pasteur et sœur de Charlotte (entre autres), Emily Brontë a disparu à l’âge de 30 ans en 1848, soit un an après la publication de son unique roman sous le pseudonyme (masculin) d’Ellis Bell. Elle vivait recluse dans un milieu austère entourée par la lande et la bruyère. Son parcours scolaire a été chaotique et elle n’a sans doute jamais connu d’histoire d’amour. Cela rend son écriture plus fabuleuse encore vu le contexte sociétal. C’est un roman politique, moderne, pas du tout romantique et qui ne fait pas la morale, qui explique le mal et la folie sans en faire l’apologie. Si Les hauts de Hurle-Vent a connu une sortie scandaleuse, on doit sa réhabilitation à Virginia Woolf, qui en parle dans Une chambre à soi.

– Attention, le reste de l’article comporte des spoilers –

L’histoire

Comme c’est un classique, on peut connaître plus ou moins l’histoire sans l’avoir lue. On a dû entendre dire que c’était une histoire d’amour passionnée entre un certain Heathcliff et une dénommée Cathy, et puis il y a toujours cette fenêtre et ces mauvais rêves. En fait c’est pire ! Et je ne m’attendais pas à ça.

C’est l’histoire d’un jeune garçon trouvé, récupéré, enlevé, on ne sait pas vraiment, par un vieux seigneur qui habite au milieu de la lande et de la bruyère et qui l’impose à sa famille. C’est-à-dire ses deux enfants, Hindley et Catherine. Le gamin est prénommé Heathcliff, il n’aura jamais de nom de famille et sera maltraité par Hindley à la mort du père. En revanche, un amour passionnel se tisse entre Catherine et Heathcliff. Ça pourrait être plutôt simple et presque ennuyeux mais non, pas du tout, c’est riche en rebondissements.

L’histoire se poursuit sur deux générations et il n’est question que de haine, de mépris, de trahisons, j’en passe et des meilleures. J’ai rarement lu un roman dans lequel la psychologie des personnages est aussi profonde. Chaque événement, chaque page, chaque chapitre, tout s’enchaîne avec une grande fluidité, et peut-être est-ce dû à la méthode d’écriture : c’est Nelly, la femme de charge de Hurle-Vent, qui raconte l’histoire. Avec parfois des mises en abîme d’une clarté exemplaire. De plus, jamais je n’ai lu une histoire dans laquelle absolument tous les personnages sont détestables. Pas besoin d’une investigation poussée pour expliquer la personnalité de chacun·e, c’est évident au fil de la lecture. C’est ce que j’ai adoré, tout le monde se déchire, tout le monde est odieux, tout le monde est pourri et ça finit mal (OK, pas pour tout le monde). Une pitié impossible, du drame pur et dur. Et donc oui, évidemment, le personnage de Heathcliff est fabuleux. Il est le mal incarné. Mais Catherine (première du nom) est aussi furieusement antipathique.

Les hauts de Hurle-Vent au cinéma

Bien qu’il existe tout un tas d’adaptations étalées sur 80 ans, j’ai regardé deux films. J’ai commencé par la version de Peter Kosminky sortie en 1992, puis j’ai vu celle d’Andrea Arnold sortie en 2012. J’aime bien voir ce que ça donne au cinéma, ça permet de constater des visions différentes de la sienne. Plus j’ai aimé un roman et moins je suis satisfaite de son adaptation, étonnant, non ? Non, bien sûr. Il peut être évoqué çà et là la question de l’inceste, sous-entendant que Heathcliff pourrait être le bâtard du père Earnshaw ou, dans le film d’Andrea Arnold par exemple, que ce dernier s’en prend à Catherine. Je trouve que ça va trop loin, et le roman se contente de mariages entre cousin·e·s.

Les hauts de Hurlevent, de Peter Kosminksy (1992)

Juliette Binoche joue le rôle de Catherine et Ralph Fiennes celui de Heathcliff. Ce sont deux acteur·ice·s que j’aime bien habituellement mais ici, ça ne va pas du tout. J’ai trouvé ce film très mauvais. Il est pourtant ultra fidèle au roman. Tellement fidèle qu’une personne n’ayant jamais lu Emily Brontë doit avoir du mal à suivre. La réalisation table sur le fait que tout le monde connaît le bouquin et ça donne une histoire explorée en surface et surjouée, on se croirait au théâtre avec des acteurs qui abusent. De plus, Ralph Fiennes est un foutu mauvais Heathcliff, il ne fait peur à personne, il est pathétique. Quant à Juliette Binoche, elle est choupi et ça s’arrête là. On veut de la rage et de la force, inexistantes ici.

Les hauts de Hurlevent, d’Andrea Arnold (2012)

Bien que le premier film soit sur Amazon Prime, celui-ci a été plus difficile à trouver. Je l’ai regardé sans sous-titre sur un site obscur, une petite aventure. Il m’a déçue parce qu’il exploite d’excellentes idées mais ne va pas au bout des choses.

Le casting est excellent. Enfin un Heathcliff noir (rôle endossé par James Howson et Solomon Glave) ! Son origine n’est pas clairement donnée dans le roman mais Nelly lui raconte qu’il est peut-être le fils de l’empereur de Chine et de la reine des Indes. Heathcliff n’est pas blanc et ce, même s’il engendre plus tard un fils blond aux yeux clairs, attributs que l’enfant tient de sa mère. Les actrices choisies pour jouer Catherine Earnshaw enfant et adulte sont parfaites. Shannon Beer est à l’image de l’enfant pénible que j’imaginais et Kaya Scodelario est une parfaite peste désespérée. À côté d’elles, Juliette Binoche fait bien pâle figure.

Il y a une attention pour les détails qui m’a davantage plu ici mais je n’ai pas aimé la liberté prise avec l’histoire qui, selon moi, n’apporte rien. Ici le père Earnshaw maltraite Hindley et Cathy, or ce n’est pas le cas dans le roman. C’est comme si ça servait à justifier le comportement de Hindley envers Heathcliff. Si le père est un homme odieux, on peut aussi l’imaginer raciste et alors pourquoi ramener cet enfant chez lui ? D’autant qu’il a l’air ici de détester les deux autres. Dans le roman, Hindley et Catherine sont des enfants gâté·e·s, ça suffit à les rendre exécrables et jaloux.

Ma plus grosse incompréhension est pour le choix de n’avoir traité qu’une partie de l’histoire. Le film se termine après la mort de Catherine. Pas de deuxième génération, Heathcliff ne s’est pas vengé et il n’est jamais décédé. Si le rendu de la relation entre Catherine et Heathcliff est plutôt réussi, amputer l’histoire de l’après Catherine fait perdre énormément de saveur.

Un roman gothique

Eh oui, Les hauts de Hurle-Vent est bien un roman gothique. Nous sommes libres d’interpréter ce qu’on lit. Lockwood a-t-il vraiment vu le fantôme de Catherine à la fenêtre ou bien était-ce seulement un cauchemar ? Heathcliff dit croire aux fantômes mais est-il hanté par Catherine ou devient-il juste complètement fou ? Tout est possible et c’est ça qui est merveilleux.

Conclusion

N’aurait-on pas dû choisir Kate Bush pour incarner Catherine au cinéma, finalement ?

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