Cinéma

Le petit bilan du festival international du film de La Roche-sur-Yon

La semaine dernière s’est déroulée la dixième édition du festival international du film de La Roche-sur-Yon avec, comme toujours, une programmation riche et éclectique. Je m’y intéresse de près seulement depuis l’année dernière, quoique pas d’aussi près que ma copine Mélanie (en cliquant vous pourrez lire son cahier des charges pour appréhender cet événement). Elle épluche soigneusement le programme et peut aller voir jusqu’à 4 films par jour (plusieurs jours de suite), mine de rien c’est épuisant. En ce qui me concerne, je ne suis allée voir que 3 films sur 3 jours et je suis heureuse d’avoir fait 3 excellents choix !

Un point noir et pas des moindres

Cependant, cette année le festival a été très problématique sur un point et je ne peux qu’afficher ma déception. Le film choisi pour la cérémonie de clôture a été J’accuse de Roman Polanski. Je pense que ce réalisateur n’a plus sa place où que ce soit si ce n’est en prison et je trouve grave que l’on continue à perpétuer sempiternellement la culture du viol. Au cours du festival, une rencontre avec l’actrice Adèle Haenel était prévue. Elle a mis les pieds dans le plat, je l’en remercie infiniment, et a demandé à ce qu’on encadre la projection de débats autour des violences faites aux femmes et de la séparation d’une œuvre et de son artiste. Elle a été entendue et une rencontre entre Paolo Moretti (le programmateur du festival) et Iris Brey, journaliste et spécialiste du genre au cinéma et dans les séries télévisées, a été organisée. L’échange, pendant lequel Iris Brey rappelle notamment ce qu’est la culture de viol, est à écouter ici. L’idéal aurait été, bien sûr, de ne pas faire une telle programmation, espérons donc que cela ne se reproduise pas.

Parlons désormais cinéma !

Extrait du film irlandais The Hole In The Ground réalisé par Lee Cronin

The Hole In The Ground

The Hole In The Ground est un film d’horreur irlandais réalisé par Lee Cronin et dont la sortie ne devrait plus tarder. Je fais très attention quand je choisis de voir un film de ce genre parce qu’il existe à boire et à manger. Je refuse l’hémoglobine et les jump scare, non pas par peur (je suis difficilement impressionnable… quoique, attendez que je vous parle du troisième film), mais par ennui et dégoût. Le film de Lee Cronin se situe plutôt dans la veine « mystère dans la forêt dans laquelle il vaut mieux éviter d’aller la nuit », c’est du déjà vu mais tellement plaisant (façon de parler).

Ce film raconte l’histoire de Sarah et de son petit garçon de 8 ans, Chris, qui emménagent dans une vieille maison près d’une bonne grosse forêt de sapins. L’enfant part s’y promener tout seul alors qu’il n’a pas le droit de le faire, sa mère va à sa recherche et trouve un énorme cratère au milieu des bois. Elle récupère néanmoins son fils mais se demande s’il n’est pas devenu un peu bizarre.

On retrouve ici plusieurs code établis dans d’autres films de ce genre : la vieille dame complètement folle qui fait peur, la prise de psychotropes par l’héroïne qui nous invite à douter de son état mental, l’enfant à moitié démoniaque, la solitude, le décor, etc., ça rappelle les bonnes ambiances d’Europe du Nord. Ce qui peut jouer en la faveur du film, c’est sa sournoiserie et le fait qu’il soit plutôt contemplatif. J’aurais pu passer tout le scénario sous la loupe de la métaphore mais il y a un détail qui m’empêche dans le processus. S’il vous plaît, voyez-le pour qu’on en discute ensemble !

Helen Hunt dans le film I See You d'Adam Randall

I See You

I See You est un thriller d’horreur réalisé par Adam Randall avec Helen Hunt dans le rôle principal. Je vais essayer de rédiger un synopsis subtil sans spoiler (challenge : accepted). Habitant une luxueuse demeure au bord de la mer, Jackie, psy, et son mari Greg, détective, traversent une crise de couple parce que Jackie a été infidèle. Leur fils Connor le lui fait payer dès que possible. Dans cette maison, il se passe aussi des choses étranges : des objets disparaissent, la télé s’allume toute seule… des questions se posent. Et puis en même temps, les petits garçons du quartier disparaissent un par un. Vous allez me dire : quel est le rapport ? Je ne peux pas vous répondre.

En fait il m’est impossible de parler de ce film. Le moindre détail pourrait tout foutre en l’air. Tout ce que je peux finalement dire, c’est que je l’ai adoré. Ça reste un film américain et on sait qu’à Hollywood, on n’est pas toujours les rois de la finesse, il y a donc des passages qui peuvent sembler un peu lourdauds mais la tension est telle qu’on s’en accommode très facilement. Je me force un peu à développer mais on pourrait clairement se contenter de ça : c’est un film vraiment bien. Allez le voir dès qu’il sort, on en parle après dans les commentaires avec plaisir !

Mia Wasikowska dans le film Judy and Punch de Myrrah Foulkes

Judy and Punch

Judy and Punch est encore bien frais dans ma mémoire car je l’ai vu hier. Réalisé par Myrrah Foulkes, ce film est un conte tragique qui reprend plus ou moins l’histoire du spectacle de marionnettes Punch and Judy. Créé au XVIIe siècle et inspiré par la commedia dell’arte, c’est un peu l’équivalent de Guignol en France.

Dans le film, Judy (Mia Wasikowska) et Punch sont un couple de marionnettistes qui habitent le village de Seaside, gangrené par l’Inquisition. Tout le monde adore leur spectacle mais il brille par son extrême violence, c’est d’ailleurs l’histoire originelle de Punch and Judy, c’est-à-dire Punch qui frappe et tue sa femme avec un gourdin. C’est présenté comme une comédie. La transposition de l’histoire des marionnettes dans la réalité du film est d’ailleurs traitée aussi comme une comédie. Une comédie tragique, ironique et cynique. Judy subit le même sort que sa marionnette après un atroce événement mais elle n’est plus motivée que par la vengeance.

Et donc quand j’écrivais plus haut que j’étais difficilement impressionnable, sachez que j’ai menti. Peut-être que le contexte sociétal actuel (je parle des féminicides à répétition) a résonné en moi, j’ai donc passé 1h45 figée et absolument écœurée par le personnage de Punch (je ne connaissais pas du tout le spectacle de marionnettes avant cela). C’est le premier long-métrage de Myrrah Foulkes qui choisit de tourner un conte pour adultes mais en reprenant quelques codes enfantins. Elle met ainsi en lumière les violences faites aux femmes intégrées dans un décor du XVIIe siècle et soulignées d’une bande son contemporaine. Il y a des scènes qui auraient leur place telles quelles dans un dessin animé et c’est ça qui est marquant, « l’humour » généré ici est censé, je pense, nous prouver son absurdité. C’est pourquoi j’ai eu la gorge nouée et le sang glacé pendant tout le film et ne comprends toujours pas les rires entendus dans la salle. Judy and Punch est excellent.

Les 3 films que j'ai vus au festival international du film 2019 de La Roche-sur-Yon : The Hole In The Ground, I See You et Judy and Punch

Un commentaire

  • Mélanie

    Merci pour cette dédicace en intro 😉

    Perso j’ai été trop flipette pour aller voir les 2 premiers films mais ils avaient l’air top. Et j’ai adoré Judy and Punch pour le traitement du sujet justement, j’ai trouvé ça intelligent et décalé, ça change. Bon je crois que mes rires étaient plus nerveux qu’autres choses mais je suis ressortie de la salle, bien qu’ écoeurée, avec une énergie de ouf et de la rage qui donne des ailes. Ça m’a bien aidé pour avoir le courage de courrir sous la pluie voir mon dernier film d’ailleurs !

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