Il est temps.

C’est ici que commence la lourde tâche de remplir ce tronçon de site Internet une fois de plus rebâti. Ce machin virtuel suit mes errances professionnelles depuis longtemps mais surtout depuis la fin de l’été 2015, quand l’Éducation nationale m’a lâchée dans la nature1. J’en ai fait du chemin entre le chômage, le CDD providentiel, le CDD problématique2, les rendez-vous avec Pôle Emploi, la création d’une auto-entreprise et la découverte sur le tas d’une profession3 à la mode… J’ai mal au crâne. Et je me sens maltraitée aussi, par une société qui fait semblant de m’aider mais qui en fait se fout de ma gueule.

La notion de travail nous régit, elle veut dire mille choses à la fois selon la bouche dont elle sort, et j’en ai par-dessus la tête. Je veux bien occuper mon temps à faire quelque chose contre de l’argent – comme si on avait le choix – mais je ne veux plus être exploitée. J’essaie toutefois de rester humble et je prends conscience de mes facilités : je suis une femme, certes, mais je suis blanche et je vis avec un homme intelligent allié à ma cause qui subvient à mes besoins financiers le temps que je retrouve mon émancipation. Je ne suis pas à plaindre mais c’est une situation qui m’horripile. Gisèle Halimi disait que l’indépendance économique est la clé de notre libération et j’en suis convaincue. Je me force à prendre les choses avec philosophie mais le succès n’est pas vraiment là, bien que mon rapport à l’argent se soit adouci. Aujourd’hui, à 35 ans, je n’espère plus le salaire confortable4 parce que je considère que ma santé mentale, ce vaste chantier, est ma priorité. Tant que j’en aurai la possibilité, je ne me tuerai plus à la tâche.

Mais alors, vous vous demandez peut-être ce que je peux bien faire de mes journées, ça ne semble pas très clair. Eh bien je râle, c’est une certitude, mais j’apprends aussi à me détendre et j’arrête d’étouffer ma créativité. Je travaille sur tout un tas d’autres problèmes qui me tiennent la jambe afin d’asseoir ma légitimité dans toutes les activités que je fais et ferai. J’ai mis la rédaction web en stand by en n’acceptant que les projets qui me stimulent un minimum et comme ils ne se bousculent pas, j’ai du temps pour autre chose. Alors je développe mes graines doucement mais sûrement, et c’est probablement ça qui va me faire tenir le coup.


1 J’ai été assistante d’éducation pendant six ans dans un lycée public et j’ai dû arrêter parce que le système interdit de prendre trop ses aises dans un taf qui nous plaît pas trop mal.

2 J’ai de nouveau été surveillante, cette fois dans un collège privé et pendant une année scolaire seulement, et c’était très nul.

3 C’est-à-dire la rédaction web. J’ai créé mon auto-entreprise en juin 2019 sous une légère pression de Pôle Emploi.

4 Je n’ai jamais gagné plus que le SMIC depuis que je côtoie le monde du travail (ce que j’ai commencé à faire à l’âge de 15 ans).

Cet article a 2 commentaires

  1. Laurelas

    Ah ce que tes mots résonnent en moi… J’espère que tes graines porteront leurs fruits !

    1. Lucide

      Je l’espère aussi mais je suis une idéaliste. Le nerf de la guerre reste l’argent ! Comment gagner sa vie sans suer sang et eau ? A-t-on vraiment le choix quand on n’a pas vraiment de métier et qu’on n’a pas fait d’études ? Comment trouver sa place dans cette société consumériste qu’on n’est pas prête à abandonner pour vivre en autonomie dans la forêt ? Beaucoup trop de questions !

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