À propos des « comptes Instagram féministes déprimants »

Je sors de ma torpeur de confinée, je ne croyais pas cela possible. Je pensais que mon prochain billet de blog serait littéraire mais c’est mal barré, je n’ai pas lu une seule page de ma pile à lire immense (c’est grotesque). Alors en attendant de pouvoir le faire (ah là là, quand ?!), je vais râler (un peu).

Ode aux réseaux sociaux

On dira ce qu’on voudra des réseaux sociaux, ils n’en restent pas moins d’extraordinaires vecteurs de diffusion d’informations. Je ne vous apprends rien en disant qu’il y a à boire et à manger, il faut régulièrement faire le tri et rester vigilant·e.
Je dois en grande partie mon ouverture et ma culture féministes aux réseaux sociaux, Twitter en particulier, grâce à des femmes qui ont donné (donnent toujours) de leur temps pour expliquer les choses avec pédagogie. Au fil des années, si j’avais quand même de bonnes bases, j’ai appris, désappris et évolué. Je crois d’ailleurs qu’une déconstruction n’est jamais vraiment complète, nous devons toujours composer avec toutes les femmes issues de toutes les classes sociales, culturelles, générationnelles, de toutes les ethnies. Quand on ouvre la porte du féminisme (il est d’ailleurs plus juste de parler de féminismes au pluriel), on apprend à être en permanence sur le qui-vive et on ne peut plus faire marche arrière.

Perso, je préfère Madame

Vous connaissez certainement ce webzine *, que je ne citerai pas, coutumier des bad buzz, dont le nom est une appellation féminine que l’on refuse sur les formulaires administratifs depuis 2012. Je suis bien incapable de dire si sa ligne éditoriale est féministe ou non puisque j’ai l’impression que ses contributrices se réfèrent au(x) mouvement(s) quand ça les arrange. Il me semble avoir lu une fois que le webzine ne se revendiquait pas comme féministe mais n’ayant pas la preuve de ce que j’avance, je ne l’affirmerai pas. Il y a quelques années, je me suis servi de mon compte Twitter pour contredire un article que je trouvais déplacé et le patron du webzine (un homme, ce qui me pose déjà un réel problème) m’a répondu que je n’étais pas la cible. Certes, à l’époque je n’avais déjà plus 22 ans, et j’ai cru comprendre qu’une fois cet âge passé, on n’avait pas son mot à dire. OK, vu.

Le 12 avril 2020, un nouvel article (mis à jour le 14 avril) s’est pris une volée de bois vert : « Pourquoi suivre des comptes Instagram féministes déprimants ? »
Ouch. Le moins que l’on puisse dire, c’est que son autrice s’est hyper mal exprimée. Sauf si on n’a rien compris, bien entendu, histoire de reprendre la sémantique habituelle de celles et ceux qui n’aiment pas se remettre en question.

Je ne vais pas analyser cet article ligne par ligne, personne n’a le temps pour ça. Toutefois, il est important de dire une chose : non, les comptes Instagram cités (et les autres) ne sont pas déprimants. C’est une incroyable insulte pour les femmes qui abattent un travail titanesque, la plupart du temps bénévolement, dans le but d’informer. Ces comptes ne sont pas déprimants, c’est vous qui êtes déprimé·e·s.

Cette condition est due à une sollicitation permanente de votre cerveau par des informations anxiogènes. Il est question ici de féminisme mais c’est valable pour tout : le racisme, l’homophobie, le réchauffement climatique, tout ce qui demande une lutte sociale est en partie anxiogène, soyons honnêtes.
La vérité est qu’il n’y a aucune obligation à être un·e militant·e de quelque cause, tout comme il n’existe pas de pureté militante, et personne ne viendra vous retirer votre badge de bon·ne féministe (sauf si vous déconnez vraiment). Vous avez parfaitement le droit d’être épuisé·e. Moi-même, je le suis. Je n’ai pas la solution miracle pour aller mieux mais j’emploie une méthode qui fait ses preuves. J’ai arrêté de suivre les comptes féministes avec mes réseaux personnels et je réserve ces abonnements pour les comptes de mon émission de radio. Je ne prends connaissance de ces timelines que lorsque je suis préparée et que je cherche quelque chose. C’est moi qui vais à la pêche aux informations, pas l’inverse. Ainsi, je m’épargne une sacrée dose de culpabilité que je suis la seule et unique à produire.

Pour notre émission de radio, on a passé les quatre premières saisons à évoquer chaque semaine l’actualité dans tous les domaines, on a compté les mortes sous les coups et les interdictions d’IVG au milieu des initiatives culturelles. Effectuer une veille journalière et avoir envie de flanquer son poing dans le mur à chaque lecture énervante, oui, ça épuise. On a donc décidé de modifier notre ligne éditoriale pour ne mettre en avant que du contenu optimiste. J’ai une reconnaissance infinie pour ces femmes qui tiennent les « comptes féministes déprimants » (sic) sans qui mon propre travail aurait pu être difficilement sourcé. Et, surtout, je les admire pour l’énergie qu’elles déploient inlassablement quand je ne supporte plus les chiffres des féminicides sur fond violet.

Sans ces comptes, nous serions en retard

Comprenez bien que les comptes Instagram, Twitter et Facebook féministes et militants sont nécessaires, ils mettent en lumière la réalité souvent absente d’autres systèmes d’informations (les journaux télévisés par exemple). Ils ne sont pas responsables de votre mal-être. Ils véhiculent des émotions, des interrogations et des remises en question pour qui n’est pas un robot. On n’empêchera pas la centaine de féminicides annuels en cessant totalement d’en parler. Jusqu’à preuve du contraire, les réseaux sociaux sont les meilleurs outils pour ça. Vous n’avez aucunement l’obligation d’avoir des nerfs d’acier. Vous avez le droit d’être fatigué·e·s, je vous encourage donc vivement à régler vos fils d’actualités pour ne pas en arriver à rédiger un titre d’article foutrement putassier pour un webzine populaire que j’évite personnellement quand je cherche du féminisme « positif ».

* mise à jour novembre 2020 : ledit webzine a, depuis l’été 2020, été racheté et la ligne éditoriale s’en est retrouvée modifiée.

2 Comments

  1. Clairement, internet et surtout Twitter a eu un rôle majeur dans ma construction politique, notamment féministe. Ce sont des ressources accessibles et vraiment inestimable. Je peux comprendre qu’il y ait des périodes dans sa vie, voire des moments dans une semaine, une journée, où ce contenu peut abattre dans le sens où il met en relief les logiques inégalitaires mais, bordel, je ne les remercierais jamais assez.

  2. J’adhère tout à fait à ta conclusion… Je pense même qu’il y aurait des choses à discuter sur certaines stratégies de communication en ligne, par ex les comptes qui relaient tels quels des propos sexistes et s’en tiennent là, je me questionne. Je pense que ça peut servir aux personnes qui n’auraient vraiment pas pris conscience qu’on vit dans un monde sexiste, mais le plus souvent j’ai l’impression que ça alimente surtout notre frustration, et je m’en suis pas mal désabonnée. Je pense aussi à ce qu’avait exprimé la fondatrice de Paye ta schnek lorsqu’elle avait annoncé qu’elle arrêtait, avec un sentiment d’échec relatif… On doit pouvoir en discuter mais cet article était vraiment honteux, en plus de ça, il mélangeait des comptes qui avaient vraiment rien à voir ! Par ex pour moi T’as pensé à c’est aussi un compte où Coline donne des pistes, elle parle hyper souvent des façons d’aller de l’avant, c’est déjà un contenu et une stratégie différente même si c’est sur le mode témoignage. Bref l’article était confus et irrespectueux mais comme tu le disais, on est pas extrêmement surprises…

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