À propos de harcèlement scolaire

Le ministère de l’Éducation Nationale a mis en place une campagne de sensibilisation contre le harcèlement scolaire et, dès mercredi 5 novembre, nous pourrons voir sur les chaînes du service public ce film réalisé par Mélissa Theuriau.

Elle me glace le sang mais je trouve cette vidéo excellente. Elle cible parfaitement, bien que brièvement, les problèmes que peuvent rencontrer un nombre incalculable d’enfants et d’adolescent·e·s à l’école. Toutefois ma colère atteint des sommets quand je lis que des syndicats d’enseignant·e·s se plaignent de la mauvaise image donnée ici à la prof. Qui souffre de harcèlement ici, le môme ou la prof ? Soyons sérieux·ses.

J’ai moi-même vécu le harcèlement scolaire en arrivant à l’école primaire, après trois ans de maltraitance par l’assistante maternelle qui devait s’occuper de moi. Il est partout, c’est quelque chose de tristement banal. Vous connaissez forcément quelqu’un qui en a été victime, peut-être que c’est vous. Et parce que c’est banal, c’est aussi minimisé. Alors que c’est un fléau. Dans mon cas, après un cours d’histoire, aucun·e camarade de classe ne m’a appelée par mon prénom les quatre années qui ont suivi parce que le hasard a fait que je porte le même qu’une célèbre australopithèque. J’étais donc le singe. Inclus·es les mimes animaliers et les paroles de la chanson d’Alliage (très en vogue à l’époque) modifiées pour l’occasion. Ça aurait pu s’arrêter là mais j’ai aussi eu droit aux petits à-côtés tel·le·s que les agressions physiques et le vol régulier de mes affaires entre autres humiliations à l’occasion. Tous les jours, pendant quatre ans.

Je n’en parlais pas parce que ça me semblait normal, c’était quelque chose de tacite. Alors l’image du corps professoral, croyez bien que je m’en tamponne. Mes deux institutrices n’ont rien vu, ou alors elles ont minimisé. Les enfants parlent rarement. Parfois iels changent de comportement, parfois non. Certain·e·s tentent de se suicider, d’autres y parviennent. Moi, par un truchement que je ne m’explique toujours pas des années après, je suis restée cool. J’ai subi et souffert en silence, j’ai tout encaissé sans jamais répliquer. C’est au-début de ma vie d’adulte que j’ai perdu pied.

Alors je ne dis pas que tout est de la faute des profs et les mômes peuvent être suffisamment malin·e·s pour agir discrètement. Il va cependant falloir apprendre à faire preuve de moins de paresse et ouvrir les yeux. Les insultes, les moqueries et les rapports de domination n’ont pas leur place dans une cour de récré. Nous sommes tou·te·s responsables.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top